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Dr Alexandra Dalu : la médecine anti-âge, de l'urgence à la prévention

Dr Alexandra Dalu : la médecine anti-âge, de l'urgence à la prévention

Onze ans aux urgences, puis un virage vers la médecine anti-âge : le Dr Alexandra Dalu a choisi de soigner avant l'urgence. Autrice, nageuse en mer et passionnée de chiffres, elle nous parle de prévention, de sommeil, de système lymphatique et des idées reçues qui nous empêchent d'aller bien.

Devenir médecin : un choix tardif

Quand avez-vous eu envie de devenir médecin ?

C'est arrivé super tard. J'étais bonne partout à l'école, j'aurais pu être prof de sport. Mais j'aimais la science, et je voulais un métier qui ne m'ennuie jamais et qui puisse s'exercer partout dans le monde. La biochimie, la physique, le corps humain : faire médecine s'est imposé assez naturellement. J'adorais aussi les romans policiers et la science-fiction. Au départ, je voulais être médecin légiste. Et la science-fiction, on y est : la science évolue de façon exponentielle depuis dix ans.

Des urgences à la médecine anti-âge

Vous avez commencé comme urgentiste, pendant onze ans. Pourquoi ce changement ?

Nous travaillions entre 80 et 90 heures par semaine. On a une force mentale et physique un peu au-dessus de la moyenne quand on est urgentiste, mais on n'est pas surhumain. Et il y a eu ces patients sauvés qui vous disent : « On aimerait bien vous revoir au cabinet. » Aux urgences, il n'y a pas de cabinet, on ne revoit pas les patients. L'envie de suivre les gens dans la durée, et de voir ce qui aurait pu être évité, m'a poussée vers la prévention.

« On ne peut pas tout éviter, il ne faut pas mentir aux gens. Mais il y a des choses qu'on aurait pu éviter. »

Concrètement, en quoi consiste la médecine anti-âge ?

C'est né aux États-Unis dans les années 90, avec une idée simple : vous êtes bien, mais vous pouvez être mieux. Vous voulez vous prémunir de ce qu'ont eu vos parents ou vos grands-parents. On n'est pas là pour vous dire que vous ne serez plus jamais malade, ça n'existe pas, on laisse ça aux gourous. Mais on peut reculer le moment de la maladie, et si elle arrive, faire en sorte qu'elle soit moins sévère et se gère avec moins de médicaments. Une hypertension traitée avec une bonne hygiène de vie et un traitement, ce n'est pas la même chose qu'une hypertension avec trois ou quatre traitements et des pics de tension.

Pourquoi ne faut-il pas attendre pour consulter ?

Les gens ont tendance à attendre : un peu mal, un peu fatigué, un peu essoufflé. On n'est pas là pour dramatiser, mais pour dire : pourquoi attendre ? Allez voir au moins votre médecin traitant, et faites votre prévention en fonction de vos antécédents familiaux. En France, ce n'est pas encore assez proactif.

Le sommeil, premier pilier du bien vieillir

Une personne endormie dans la pénombre

Le sommeil revient souvent dans votre discours.

C'est une base. On parle de bien manger, de faire du sport, beaucoup moins de bien dormir. Un athlète, lui, fait du sommeil sa priorité. La nuit, l'hormone de croissance est fabriquée : quelqu'un qui dort bien a un vrai renouvellement cellulaire. Si vous voulez bien vieillir, quel que soit votre âge, il faut bien dormir. Et le trouble du sommeil est une maladie : ce n'est pas avoir mal dormi parce que le voisin a fait la fête, c'est une dette de sommeil qui s'accumule semaine après semaine.

« Si vous voulez être en forme, si vous voulez bien vieillir, quel que soit votre âge, il faut bien dormir. »

Faut-il vraiment dormir huit heures ?

Ça dépend des gens. Comme l'explique l'Institut national du sommeil et de la vigilance, chacun a un chronotype, un programme génétique présent dans toutes nos cellules. Les petits dormeurs sont plutôt du soir, efficaces tard, et peu du matin. Les grands dormeurs sentent la fatigue vers 22 h et se réveillent en forme à 6 h. La vraie question, c'est : est-ce que vous vous réveillez fatigué, de façon répétée ? Si cela dure plus de trois mois, il faut consulter, car ce peut être le signe d'autre chose : un problème de thyroïde, une apnée du sommeil, ou chez la femme, un trouble cardiovasculaire qui se prépare.

Le système lymphatique et le drainage

Quelle place a le système lymphatique dans votre pratique ?

Une place complète. Ma génération de médecins travaillait déjà avec les kinés, et la pressothérapie existe depuis longtemps, notamment après certains traitements du cancer qui peuvent entraîner une rétention lymphatique. Le drainage a toujours été presque médical. Quand la pression dans les vaisseaux n'est pas bonne, du liquide en sort : c'est la rétention d'eau. Pour rappel, ce n'est pas l'eau qu'on boit, c'est une eau inflammatoire. Drainer, c'est la faire revenir dans la circulation. Après un bon drainage, on a souvent très envie d'aller uriner : c'est le signe qu'on a relancé la machine.

« La rétention d'eau, ce n'est pas l'eau qu'on boit. C'est une eau inflammatoire. »

Vous le recommandez souvent ?

Souvent. Le surpoids ajoute une contrainte mécanique sur les vaisseaux. Et il y a plus d'insuffisance veineuse chez la femme que chez l'homme, à cause des hormones. Selon les cas, un drainage de temps en temps suffit, d'autres en ont besoin deux fois par semaine, d'autres tous les dix jours : c'est presque le patient qui trouve son rythme. Et puis il y a la contention, jusqu'aux chaussettes de contention pour le sport. Votre marque, que j'affectionne et que je trouve particulièrement subtile, c'est un legging qu'on porte surtout pour faire du sport. Il y a le sport qu'on fait, plus votre vêtement intelligent qui va aussi agir sur tout le système lymphatique. Je trouve que c'est une super bonne idée.

C'est justement notre point de départ. Avec les premiers prototypes, je mesurais les cuisses de mes amies, et on voyait une réduction de la rétention d'eau. Ensuite, il fallait sortir du stigmate médical, moche et inconfortable, pour créer quelque chose de désirable.

Complètement. Comme c'est très joli, on peut le porter en dehors du sport. Mais moi, j'ai envie que les gens fassent du sport, qu'ils se disent : c'est mon vêtement de sport, et je peux aussi le porter à la maison.

Compression et sport : l'avis du médecin

« Si je fais du sport trois fois par semaine, je n'ai pas besoin de drainage ou de compression. » Vrai ou faux ?

Trois séances par semaine, c'est très bien, à poursuivre, en variant équilibre, gainage, musculation, endurance et souplesse, comme le recommandent la Haute Autorité de santé et l'OMS. Ensuite, le massage ou le drainage autour du sport est très intéressant : pendant l'effort, le muscle fait un appel de sang et se tend. Si faire du sport avec une compression vous fait du bien, on ne change pas une équipe qui gagne : ça défatigue, d'où une meilleure performance et une meilleure récupération. Quand on la retire, le sang recircule et cela relance la circulation. Ce n'est pas indispensable, mais ça peut être nécessaire pour certaines personnes, et c'est une bonne idée d'essayer.

« Ce n'est pas indispensable, mais ça peut être nécessaire pour certaines personnes. Ça ne peut être qu'un outil en plus. »

Et vous, vous en portez ?

Des chaussettes de contention depuis mes études de médecine, comme toutes mes amies médecins : pendant les gardes, on reste debout des heures, sans bouger. Les chirurgiens aussi en portent. Et comme je suis randonneuse, je les mettais pour randonner et skier : j'étais plus performante avec.

Bouger, même quand on n'aime pas le sport

Vous êtes une grande sportive.

Dans ma famille, tout le monde fait du sport, c'est comme se brosser les dents. Je suis du Havre : on apprend à nager dans l'eau froide, et ensuite tout paraît chaud. Planche à voile, sports de glisse, course, et surtout la natation en mer, jusqu'à 16 degrés environ.

Et pour ceux qui n'aiment pas le sport ?

Le peu que vous pouvez faire, faites-le. On peut commencer avec un kiné du sport, ou simplement marcher plus vite : deux fois une demi-heure de marche très rapide par jour, de plus en plus soutenue. Pour les personnes qui n'osent pas aller à la piscine, un vélo d'appartement, avec de la musique, permet de se réapproprier ses mouvements. L'aquagym plaît souvent, et au Havre, beaucoup marchent dans l'eau en combinaison : ça muscle, ça draine, et si vous tombez, vous ne vous faites pas mal. On trouve toujours une solution, avec de l'empathie et de l'écoute.

Marche dans l'eau, une activité douce recommandée par le Dr Dalu

« Le peu que vous pouvez faire, faites-le. »

Deux idées reçues sur la santé, décryptées

Couverture du livre du Dr Alexandra Dalu sur les idées reçues en santé
Le livre du Dr Alexandra Dalu, qui démonte 100 idées reçues sur la santé.

« Les déséquilibres hormonaux, c'est un truc de femme de 50 ans. »

Faux. La maladie n'a pas d'âge. Un enfant a des glandes, donc des hormones, et des dérèglements sont possibles chez les deux sexes, à tous les âges. Trop d'enfants sont encore désignés comme « le petit gros de la famille » : si ses frères et sœurs n'ont pas de surpoids, il faut voir un pédiatre endocrinologue. Et l'homme a aussi une thyroïde et une hypophyse, qui peuvent se dérégler. Au moindre doute, on consulte un endocrinologue.

« Manger sans gluten, c'est forcément plus sain. »

C'est plus sain si vous avez la maladie cœliaque, qui touche environ 3 % de la population, et qui se diagnostique par des bilans et des examens avec un gastro-entérologue. Dans ce cas, le gluten devient un poison. Si c'est une simple mauvaise digestion, ne mangez pas ce qui vous dérange, mais ne vous privez pas de ce que vous aimez si ça ne vous fait pas de mal. Une fois adulte, vous êtes votre meilleur baromètre. Ce qui n'empêche pas de consulter : il existe des diagnostics tardifs.

Le Pérou, l'hypoxie et la vie précieuse

Votre voyage le plus marquant ?

Le Pérou. Je suis montée à plus de 5 000 mètres. En altitude, on marche comme sur la Lune, très essoufflé. Et au retour, pendant dix ou quinze jours, on a une forme exceptionnelle : l'hypoxie stimule la production naturelle d'érythropoïétine. L'hypoxie est très étudiée en médecine anti-âge, mais je n'aurais pas fait l'Everest : je n'aime pas le danger. Quand on est médecin, on voit des gens mourir. La vie est précieuse.

« Nous ne sommes plus assez nombreux »

Que faut-il comprendre de la situation des médecins aujourd'hui ?

J'adore les chiffres. Pour bien faire son travail, il faudrait un médecin pour 10 patients. Aujourd'hui en France, c'est un pour 100. Les patients attendent, c'est pénible pour eux avant tout, et on fait tout ce qu'on peut, par conviction. Ce n'est pas un métier compliqué. C'est un métier devenu compliqué, parce que nous ne sommes plus assez nombreux.

Sa perle de sagesse : « Soyons dans l'action »

Un conseil pour notre audience ?

Quand on donne un conseil aux femmes, on le donne aussi aux hommes. Alors je le donne à tout le monde : soyez dans l'action. Soyons dans l'action. Ça manque de concret, à notre époque.

« Soyez dans l'action. Soyons dans l'action. Ça manque de concret, à notre époque. »

Vos questions à la médecin

Qu'est-ce que la médecine anti-âge ?

Reconnue par le Conseil de l'Ordre sous le nom de médecine morphologique et anti-âge, elle vise à prévenir les maladies liées à l'âge et à préserver la santé le plus longtemps possible, en s'appuyant sur les antécédents, le sommeil, la nutrition et l'activité physique.

Quand faut-il consulter pour une fatigue qui dure ?

Selon le Dr Dalu, une fatigue au réveil qui se répète pendant plus de trois mois doit amener à consulter, car elle peut révéler un trouble du sommeil ou un autre problème de santé.

La rétention d'eau, c'est l'eau qu'on boit ?

Non. Il s'agit de liquide sorti des vaisseaux, de nature inflammatoire. Le drainage lymphatique aide à le faire revenir dans la circulation.

Faut-il porter de la compression quand on fait du sport ?

Ce n'est pas indispensable, mais cela peut être utile pour certaines personnes : la compression peut aider à défatiguer et à mieux récupérer. Le mieux est d'essayer et d'écouter ses sensations.

Cet article ne remplace pas une consultation médicale.

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